Mot de l’artiste Dieudonné
« J’ai ri trop fort, trop longtemps peut-être.
Le rire, je l’ai cru invincible, comme une armure contre la peur, contre la bêtise.
Mais un jour, ils ont décidé que rire, c’était un crime.
Alors j’ai pris ce qu’ils m’avaient laissé : des papiers, des tampons, des interdictions bien
tamponnées, avec l’encre froide de la République.
J’en ai fait des toiles.
De la boue, j’ai fait de la lumière.
Ce que vous voyez, ce ne sont pas des tableaux, non… c’est ma peau qu’on a clouée au
mur, pour voir si elle saigne encore.
J’ai mis la censure en vitrine, la honte en couleur, l’absurde en gloire.
On me demande souvent pourquoi je continue.
Parce que c’est ça ou crever étouffé dans leur silence.
Alors je peins.
Comme on écrit une lettre d’adieu à la raison.
Comme on allume une bougie dans un cachot.
C’est pas de l’art, c’est un cri qui a pris le temps de sécher.
Céline disait que “la vérité, c’est la mort qui parle”.
Moi, j’essaie juste de lui donner des couleurs. »
— Dieudonné M’Bala M’Bala, Paris, octobre 2025